Aller au contenu

Autopsie · Sécurité

Le second âge de Viv Ansanm

Réginald Surin ·

L’offensive policière a repris des positions longtemps tenues par la coalition. Ce texte décrit la transition du courtier au parrain : ce qui change dans la nature d’une organisation criminelle quand elle passe d’un âge à l’autre, et ce que cela impose à qui veut la combattre.

Depuis quelques semaines, l’offensive policière s’intensifie dans l’aire métropolitaine. Des positions longtemps tenues par Viv Ansanm ont été reprises, des facultés libérées il y a peu, les frappes se multiplient. Les affrontements n’ont pas cessé, les tirs s’entendent encore à distance, aucune zone n’est pleinement revenue à la normale, mais les progrès sont réels. Sur le même intervalle, cependant, les composantes métropolitaines de la coalition se sont tues. Les conférences de Jimmy Chérizier se sont raréfiées, les vidéos de propagande ont presque disparu, les attaques spectaculaires contre les institutions régaliennes ont cessé. Ce silence, installé au moment même où la pression monte, est la véritable nouveauté. Il appelle une lecture, et cette lecture n’est pas rassurante. Viv Ansanm entre dans son second âge, celui où une organisation criminelle cesse d’accumuler par la violence spectaculaire pour commencer à s’enraciner dans les circuits économiques de la société qu’elle parasite. C’est le moment le plus dangereux, parce que c’est celui où la bataille semble basculer alors qu’elle ne fait que changer de terrain.

Nommer l’objet

Les mots utilisés pour désigner Viv Ansanm ne sont pas interchangeables. Chacun commande une doctrine. Gang appelle la police, insurrection appelle la contre-insurrection, organisation terroriste appelle la sanction et la frappe ciblée, mafia appelle le démantèlement financier. Se tromper de qualification, c’est se tromper de stratégie.

Le rapport du Global Initiative Against Transnational Organized Crime de mars 2026 a proposé la qualification la plus précise disponible à ce jour. Les chefs de Viv Ansanm sont des courtiers armés. Des intermédiaires violents enchâssés dans les circuits mêmes par lesquels le pouvoir politique et économique s’exerce en Haïti. La coalition, depuis sa formation, aurait eu la capacité matérielle de prendre Port-au-Prince et ne l’a jamais fait. On ne remplace pas un système dont on tire rente. Le cadre complémentaire de la gouvernance criminelle, construit par Enrique Desmond Arias (2017) et par Benjamin Lessing (2020), éclaire la logique, des acteurs armés exercent des fonctions proprement gouvernementales, régulation, imposition, arbitrage, dans des territoires où l’État est absent ou en négociation tacite avec eux. Lessing distingue trois régimes selon que les criminels coexistent avec l’État, le pénètrent, ou le remplacent. Viv Ansanm ne relève pas d’un régime unique mais d’une configuration hybride où coexistent, selon les territoires, les trois logiques, substitution partielle dans certains quartiers urbains, pénétration aux interfaces politiques, coexistence dans les zones rurales d’expansion récente. Cette hétérogénéité est elle-même un facteur de résilience, parce qu’elle complique toute stratégie de réponse unifiée.

Cette thèse du courtage n’invalide pas la possibilité mafieuse, elle la diffère. Un courtier armé qui dispose de rentes durables, d’interfaces élitaires stabilisées, d’un temps suffisant et qui parvient à discipliner la violence en son sein finit par glisser vers la configuration mafieuse. Il cesse d’être intermédiaire pour devenir parrain. La littérature internationale documente cette trajectoire avec une régularité troublante. La condition la plus souvent sous-estimée est précisément la dernière, la capacité à réduire le coût de la violence interne. Tant qu’elle n’est pas acquise, la structure reste un cartel instable, à la mexicaine, et non une mafia, à la sicilienne. Cette transition n’est d’ailleurs pas inévitable. Dans certains contextes, au Mexique, au Brésil, au Nigéria, l’incapacité à stabiliser la violence interne produit un équilibre durable de fragmentation plutôt qu’une consolidation mafieuse. Haïti se situe aujourd’hui à la charnière entre ces deux issues, et la plaine du Cul-de-Sac en offre, ces derniers jours, une illustration brute.

Ce qu’une coalition apprend à devenir

Peter Lupsha (1996) a proposé la séquence canonique, phase prédatoire par accumulation violente, phase parasitaire par installation durable dans certains secteurs taxés en parallèle de l’État, phase symbiotique où la structure criminelle et les structures économiques et politiques légales deviennent mutuellement dépendantes. Viv Ansanm a couvert la prédation en 2024, consolidé le parasitisme en 2025, et entre en 2026 dans le seuil symbiotique.

Ce que l’approche symbiotique implique, Diego Gambetta (1993) l’avait établi pour la Sicile. Une mafia est d’abord une industrie de protection privée, qui prospère dans les interstices d’un État incapable de sécuriser les contrats, les propriétés et les personnes. L’extorsion est sa face visible, la fourniture d’ordre alternatif est sa face productive, et c’est cette seconde face qui la rend indéracinable une fois installée. Federico Varese (2011) a précisé les conditions d’enracinement, une demande latente de protection, une élite locale disposée à transiger, une faiblesse coercitive durable de l’État. Haïti les réunit toutes les trois. Maurizio Catino (2019) a ajouté un point décisif sur la résilience, les structures les plus difficiles à défaire ne sont pas les pyramides, qui offrent une tête à couper, mais les fédérations horizontales d’unités semi-autonomes partageant des règles et une symbolique. C’est exactement vers cette architecture que Viv Ansanm se reconfigure aujourd’hui.

L’enracinement par l’élite

Le cœur du problème n’est pas la puissance de feu des groupes armés, c’est la transformation de leur rapport aux élites économiques et politiques. Buonanno, Durante, Prarolo et Vanin (2015) ont reconstruit la naissance de la mafia sicilienne, qui n’émerge pas d’un vide d’État mais de la demande précise de grands propriétaires agraires privés de la protection féodale après l’unification italienne. Les élites ont acheté de la protection, les courtiers armés sont devenus mafia en la leur vendant. Acemoglu, Robinson et Santos (2013) ont documenté le mécanisme colombien, où les paramilitaires produisaient des votes en échange de la protection politique des routes de la cocaïne et du foncier usurpé. Les auteurs parlent de monopole de la violence, expression qui désigne moins une conquête qu’un partage, l’État ne perd pas seulement le contrôle coercitif, il devient une institution partagée avec les courtiers.

Le coût économique de ce partage est lourd. Pinotti (2015) a estimé la perte de PIB par habitant à seize points de pourcentage sur trente ans pour les régions italiennes les plus exposées. Pour Haïti, un récent working paper de la Banque interaméricaine de développement produit par Grazzi, Llamas, Lotti et Peña (novembre 2025) a établi pour la première fois une estimation causale équivalente. En exploitant l’hétérogénéité géographique de la violence entre arrondissements et en croisant données ACLED, Business Activity Trends de Meta et imagerie nocturne NASA, les auteurs documentent qu’un événement violent additionnel dans un arrondissement s’associe à une baisse d’environ 3,1 pour cent de l’activité économique dans les dix jours suivants. À horizon de cinq mois, un événement politique ou civil supplémentaire produit une contraction persistante de 1,5 à 2,5 pour cent, avec des effets jusqu’à 6,2 pour cent sur la luminosité nocturne. À un an, l’effet persiste autour de 1 pour cent. Les services aux ménages et professionnels sont les plus touchés, le secteur public montre une résilience relative. Ces coefficients sont mesurés localement, au niveau de l’arrondissement, et ne peuvent être agrégés mécaniquement à l’échelle nationale, mais leur profil indique une dynamique cumulative persistante, c’est-à-dire une violence qui ne produit pas seulement un choc ponctuel mais imprime des cicatrices durables. C’est précisément par accumulation de ces cicatrices que s’installe le plafond de développement des économies à emprise mafieuse.

Ce plafond n’est pas théorique. Il se paie en investissement découragé, en émigration des compétences, en sélection adverse des politiciens. Daniele et Geys (2015) ont montré que la présence mafieuse dégrade mesurablement la qualité des élus, en favorisant des profils plus compromis et moins capables de produire des politiques publiques efficaces. Barone et Narciso (2015) ont documenté la captation systématique des marchés publics par des entreprises liées à la mafia. Le cadre institutionnel lui-même finit par être modifié, les choix d’investissement, les choix politiques, la culture économique. En Haïti, cette dynamique ne relève pas d’un modèle historique importé. Elle se construit dans des interactions contemporaines, où certains segments économiques et politiques trouvent, au moins à court terme, un intérêt à la stabilisation locale offerte par les acteurs armés, quelle qu’en soit la nature. Cet intérêt, même non thématisé publiquement, constitue la matière première de toute interface élitaire durable.

La mutation sous pression

Viv Ansanm a émergé publiquement en février 2024 sur une architecture à double vecteur. Un axe horizontal formé par les barons territoriaux du G9 et du G-Pèp. Un axe vertical incarné par Chérizier, porteur du discours médiatique. Cette configuration offrait deux prises, la fragmentation possible des barons et la décapitation possible du sommet. La pression coercitive exercée depuis fin 2025 n’a produit ni l’une ni l’autre. Elle a produit une réorganisation interne. L’axe vertical, exposé par nature à la frappe, est devenu un coût plus qu’un actif, discipliné et marginalisé non parce qu’il est vaincu mais parce qu’il attire le feu. L’axe horizontal, au contraire, s’est consolidé. Chaque baron a intérêt à se rendre plus autonome, à diversifier ses rentes, à s’enchâsser localement dans les acteurs économiques et politiques qui peuvent le protéger. La fragilité par hétérogénéité devient résilience par distribution.

Le modèle de franchise identifié par le GI-TOC, qui voit Canaan essaimer vers Montrouis, 5 Segond vers Kenscoff et Cabaret, 400 Mawozo vers Mirebalais et Lascahobas, n’est que la traduction spatiale de ce mécanisme. La coalition devient cartel lâche, une coordination d’opérateurs souverains, avec partage implicite des zones et symbolique unificatrice. Cette horizontalisation a cependant un revers que l’expérience régionale enseigne, la multiplication des conflits de rente entre barons désormais plus autonomes, et la tentation d’absorber par la force les poches de territoire qui résistent encore à l’alignement. Les affrontements ouverts dans la plaine du Cul-de-Sac entre le 15 et le 20 avril 2026, où Chen Mechan, le Taliban de Jeff Gwo Lwa à Canaan et 400 Mawozo de Lanmò Sanjou ont mené une offensive conjointe contre les gangs de Pierre 6 et de Terre Noire avec des dizaines de victimes civiles prises en étau, illustrent cette dynamique. La coalition parle moins vers l’extérieur et consomme davantage de violence vers ses marges, pour discipliner les gangs non alignés autant que pour étendre son emprise. C’est le signe d’une structure qui n’a pas encore réglé le problème de la stabilisation interne, sans lequel aucune mafia digne de ce nom ne s’installe durablement.

La fédération n’est pas homogène dans sa trajectoire. Tandis que ses composantes métropolitaines apprennent la discipline du silence, certaines franchises rurales en pleine expansion restent pleinement en phase prédatoire. Le massacre de Jean-Denis dans la nuit du 28 au 29 mars 2026, revendiqué par Gran Grif et documenté à près de soixante-dix victimes par le Réseau national de défense des droits humains, le redéploiement à Pont-Benoit et la prise de Marchand-Dessalines le 1er avril, la distribution publique d’argent à la population locale par les hommes de Kokorat San Ras, allié proche de Gran Grif, témoignent d’une temporalité entièrement différente. Ces cellules ne se taisent pas, elles consolident par la force et amorcent, à travers la redistribution sélective, le passage de la prédation pure vers une forme embryonnaire de gouvernance criminelle locale. Viv Ansanm vit donc simultanément plusieurs phases de la séquence de Lupsha selon les territoires, prédation active en Artibonite, stabilisation par la franchise en expansion, et début symbiotique dans l’aire métropolitaine. Cette asymétrie interne est la marque des architectures de franchise, et elle rend plus complexe encore toute tentative de réponse unifiée.

À une autre extrémité du spectre, dans certaines parties de la plaine et dans la zone métropolitaine, des indices de terrain pointent une forme plus avancée encore d’enchâssement. Des marchandes qui s’approvisionnent en produits importés auprès de certains opérateurs de gros déjà ancrés sur ces axes bénéficient d’une exonération de fait aux postes de péage tenus par les gangs. Le prélèvement n’est plus opéré directement sur le passage de la marchandise, il est intégré en amont dans le prix d’achat, à travers une chaîne d’approvisionnement partiellement captive. Ces opérateurs ne sont pas des acteurs neufs. Ils sont ancrés de longue date dans leur communauté, socialement reconnus, économiquement structurants, ce qui rend l’arrangement particulièrement opaque, la marchande ne traite pas avec un gang, elle s’approvisionne où elle a toujours acheté. C’est précisément cette dilution de la coercition dans la routine commerciale que la littérature mafieuse identifie comme un seuil de maturation, le moment où une organisation criminelle cesse de menacer parce que le marché s’est réorganisé autour d’elle. Aucune preuve directe ne permet aujourd’hui de documenter un usage de ces canaux pour blanchir des fonds illicites, et il faut s’en tenir à ce constat. Mais la structure même du dispositif crée la possibilité d’un tel usage à mesure qu’il se consolide, et c’est précisément ce type de basculement que la remontée des goulets formels obligés, ports d’importation et opérateurs de gros en amont, doit permettre d’attaquer avant qu’il ne devienne irréversible.

Le silence public de la coalition, dans ce contexte, n’admet pas qu’une seule lecture. Il peut être discipline stratégique, c’est notre hypothèse centrale. Il peut être aussi saturation opérationnelle imposée par la pression militaire, ou encore négociation implicite avec certains segments élitaires préparant une amnistie. Les trois hypothèses ne s’excluent pas, elles coexistent probablement selon les acteurs et les territoires. Ce qu’elles partagent, c’est la conclusion stratégique, un recul de la visibilité n’est pas un recul de la structure.

Le piège de l’économie informelle

Ici intervient une difficulté spécifique à Haïti que la littérature classique sous-estime. Les outils canoniques de démantèlement des économies criminelles ont été pensés pour des contextes où l’économie formelle domine. Registres fonciers, connaissance des clients bancaires, bénéficiaires effectifs, audits des marchés publics, tous supposent un substrat formel dense dans lequel le capital illicite doit passer pour se transformer en patrimoine utilisable. En Haïti, où la part informelle de l’activité dépasse très largement la part formelle selon les estimations de l’OIT et de l’IHSI, ce substrat n’existe qu’à l’état d’archipel. Le capital illicite peut circuler, s’accumuler et se transmettre sans traverser les rares goulets formels. Une stratégie calquée sur les précédents européens serait largement inopérante.

La riposte doit être repensée en fonction de la structure réelle de l’économie haïtienne. Quatre leviers méritent examen.

D’abord, les goulets formels obligés. Même dans une économie largement informelle, certaines opérations transitent nécessairement par des infrastructures formelles, les ports de Port-au-Prince, du Cap-Haïtien et de Saint-Marc pour les conteneurs, les opérateurs réglementés MonCash, NatCash, Caribe Express, Unitransfer pour les transferts au-dessus d’un seuil, les notaires pour les opérations immobilières significatives, les marchés publics et les concessions. Ces goulets représentent une fraction minoritaire de l’économie mais une fraction majoritaire des flux illicites utiles, parce que la rente, pour devenir patrimoine, doit finir par s’y déverser. Concentrer la traçabilité sur ces points, plutôt que de poursuivre l’illusion d’une formalisation générale, est la première décision de méthode.

Ensuite, l’extraterritorialité financière. Dans l’économie dollarisée de la Caraïbe, les avoirs illicites finissent par transiter par le système bancaire américain, via les banques correspondantes, les réseaux Visa et Mastercard, les transferts électroniques internationaux. Cette dépendance est un levier. Le Financial Crimes Enforcement Network du Trésor américain, l’OFAC, et les dispositifs de type Global Magnitsky permettent une traçabilité et une coercition qui dépassent ce que l’État haïtien seul pourrait produire. Organiser une coopération systématique avec ces dispositifs est plus efficace que de multiplier les instruments nationaux peu armés.

Troisième levier, la poursuite des actifs lourds. Une économie informelle dilue les flux mais concentre les patrimoines. La rente criminelle, pour être utile, se matérialise en immobilier, hôtels, complexes commerciaux, maisons de change, participations dans des entreprises exportatrices. Ces actifs sont localisables, leur propriété remontable par enquête forensique. La loi Rognoni-La Torre en Italie et la Extinción de Dominio colombienne ont produit des résultats décisifs par cette voie. Une législation haïtienne inspirée de ces modèles, adaptée aux contraintes locales de preuve et d’exécution, changerait le rapport coût-bénéfice de l’intégration criminelle à l’économie légale.

Enfin, une instance d’enquête hybride sur le modèle CICIG guatémaltèque ou MACCIH hondurienne, avec magistrats internationaux, autonomie procédurale, et mandat explicite sur les dossiers d’interface élitaire. Ces structures sont politiquement fragiles, elles finissent démantelées dès qu’elles deviennent efficaces, mais elles produisent, tant qu’elles fonctionnent, des résultats qu’aucun appareil judiciaire national exposé à la corruption ne peut obtenir. L’enjeu n’est pas de contourner la souveraineté haïtienne, c’est de permettre à la justice haïtienne de traiter des dossiers qu’elle ne peut pas instruire seule.

Ces quatre leviers ne sont pas équivalents en faisabilité immédiate. Dans un horizon de douze mois, et compte tenu de la capacité étatique actuelle, l’extraterritorialité financière et la poursuite des actifs lourds apparaissent comme les plus directement mobilisables et les plus susceptibles de produire des effets tangibles à court terme. Les deux autres leviers restent stratégiques, mais leur activation dépend de choix politiques de plus longue haleine.

La fenêtre est étroite

Viv Ansanm n’est pas encore une mafia. C’est un dispositif de courtage armé en phase de maturation qui glisse vers la configuration mafieuse. La distinction n’est pas académique. Combattre un courtier, c’est désarticuler des circuits d’intermédiation. Combattre une mafia, c’est déraciner une institution économique adverse. Le premier exercice est difficile, le second l’est davantage, et les sociétés qui échouent à le faire paient sur plusieurs générations.

La Force de répression des gangs vient tout juste d’entrer en fonction, il serait prématuré de préjuger de ses résultats. Il n’est pas prématuré d’affirmer qu’elle ne suffira pas si l’État haïtien et ses partenaires ne construisent pas en parallèle le second étage de la riposte, celui qui s’attaque à la rente et aux interfaces plutôt qu’aux seuls porteurs d’armes. Les estimations causales récentes sur données haïtiennes indiquent qu’à chaque événement violent additionnel correspond une contraction mesurable et durable de l’activité. Laisser la transition typologique s’achever, c’est accepter d’inscrire dans la structure haïtienne, pour une génération au moins, le plafond de développement que la littérature internationale associe aux économies à emprise mafieuse.

Le courtier ne veut pas prendre la place de l’État, il veut que l’État existe juste assez pour qu’il y ait quelque chose à ponctionner. Le parrain ne veut même plus ponctionner, il veut être une part de l’État, dans ses nominations, dans ses marchés, dans ses arbitrages. Haïti se trouve, en 2026, à la charnière qui sépare les deux figures. Le silence présent de la coalition, loin d’annoncer sa défaite, indique que la charnière bascule. Elle peut encore être tenue. Mais personne, à ce jour, n’a construit les outils qui le permettraient.

Réginald Surin

Économiste

L’Anatomie de la Fracture

Un essai en préparation. Une lettre occasionnelle pour en suivre l’avancée et être prévenu de la parution.

Être prévenu par courriel

Votre message ouvre votre logiciel de courrier. Votre adresse ne sert qu’à cela et n’est enregistrée nulle part ailleurs.